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Faciliter la réussite d’un retour en présentiel

Ecrit par Jean-Christophe VILLETTE

La période de reprise d’une activité en présentiel se précise pour les salariés restés majoritairement à distance de leur lieu de travail.

Les études réalisées par le pôle Conseil et Diagnostic du cabinet Ekilibre sur les dernières semaines montrent qu’une grande majorité des salariés interrogés souhaite un retour sur les lieux de travail, tout en gardant la possibilité de maintenir une activité régulière à distance.

Cette motivation de retour sur site ne signifie pas pour autant que cette (ré)adaptation soit exempte d’une certaine inquiétude. Les réflexions concernant les modalités du retour à une vie (plus ou moins) normale peuvent également faire apparaître une forme de peur de la proximité physique.

Manager cette période particulière demande de composer avec la singularité et les différentes réactions de chacun.

Entendre le possible stress du retour en présentiel

Pour de nombreuses personnes, la période du retour progressif sur leur lieu de travail habituel peut être synonyme de renoncement à la distanciation physique, contraignante mais néanmoins protectrice, qui a caractérisé ces dernières semaines. Il est indéniable que chaque individu réagit à sa manière à la crise sanitaire. Cependant, le climat anxiogène qui s’est installé dans notre pays a très probablement ancré dans les esprits une association entre proximité et danger qui pourra être plus tenace qu’on ne le croit.

Ce risque s’explique par ce que les chercheurs en psychologie nomment le “conditionnement à la peur”. Ce terme désigne une forme d’apprentissage dans laquelle une association est créée entre un événement négatif (ici le risque de contamination) et une stimulation habituellement sans danger (la proximité d’autres individus), qui conduit à une peur de cette dernière. Or les recherches montrent que ce type d’association est très rapide à créer et … très long à déconstruire (Marin & Milad, 2018). Il est donc possible que la proximité physique reste stressante durant une période indéterminée. Ajoutons à cela les différences importantes entre individus concernant la résistance au stress ! L’enjeu est donc ici de faciliter la période de transition en proposant un environnement de travail qui réponde à la maîtrise des risques professionnels, en accueillant au mieux les besoins des collaborateurs.

En premier lieu : prévenir les principaux risques contextuels

Pour accompagner le retour du travail en présentiel, un travail d’évaluation des principaux risques professionnels et un plan d’action adapté aux spécificités de son activité doit obligatoirement être mis en place. Le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) doit également être mis à jour.

Un point semble à l’évidence et intuitivement primordial : l’aménagement des lieux de travail partagés. Si les gestes barrières et protections de rigueur ont déjà été mis en place par les organisations qui ont continué de fonctionner, il est nécessaire d’anticiper le retour des salariés en chômage partiel et travail à distance. Lavage régulier des mains, nettoyage du matériel, personnalisation des équipements… Toutes les protections nécessaires doivent être mises en place pour assurer aux collaborateurs une sécurité maximale.

Une réunion d’accueil qui tienne compte des mesures de prévention est incontournable. Nous vous conseillons d’accompagner cette transition par des échanges anticipés avec les collaborateurs, afin de mieux cerner les craintes et les besoins éventuels. Nous vous conseillons d’utiliser dans un premier temps des outils de recueil de parole anonymes : la peur peut parfois être tue en public par crainte de s’exposer aux jugements négatifs. Enfin, faites preuve d’indulgence, envers les personnes qui présentent un niveau de stress élevé. Le temps et le soutien sont, dans ce cadre, vos meilleurs alliés. 

Être également en mesure de donner du sens au retour sur site en fonction de son activité est un travail managérial essentiel à accomplir en amont et à accompagner dans la durée. Par ailleurs, tout ce qui permet de créer une association d’émotions agréables, permises du fait de la proximité physique sur site, participe à la réussite du retour sur site. A titre d’exemple, la mise en œuvre et la valorisation de moments privilégiés en collectif pour se parler de travail et/ou pour vivre des temps plus conviviaux peut s’avérer une stratégie pertinente.

La formation de tous les acteurs de l’entreprise en charge de l’accompagnement de cette période délicate est conseillée (RH, Managers, HSE, élus). Le pilotage, la coordination des actions mises en œuvre et leur suivi en mode projet également.

En parallèle et dans la continuité : promouvoir le travail à distance préventif

Il y a encore quelques mois, faire preuve de présentéisme tout en présentant des symptômes, même bénins, était fréquemment décrit comme l’un des principaux enjeux de 2020 pour la qualité de vie au travail. C’est parfois perçu comme une preuve d’engagement, de loyauté vis-à-vis de son entreprise. Dans le contexte actuel, ce constat doit nous amener à réfléchir selon les spécificités de son activité et la possibilité de travailler à distance afin de tirer des leçons utiles de la période actuelle. La recherche a montré à de nombreuses reprises le caractère contre-productif du présentéisme, qui de plus accentue les risques de contaminations physiques (Barmby & Larguem, 1999 ; Hemp, 2004). Dans le cadre de la crise sanitaire actuelle et à l’aube d’une possible nouvelle menace de confinement, cette pratique serait évidemment très dommageable pour la santé des collaborateurs et vraisemblablement la performance de certaines organisations.

Que ce soit dans le cadre de la gestion de la COVID-19 ou du management des équipes à moyen terme, il est peut-être intéressant de faciliter la pratique d’un travail à distance dit “préventif”. Le principe est simple : chaque salarié qui présenterait des symptômes est encouragé à adapter, en responsabilité, son activité en restant chez lui. Pour que cette pratique soit adoptée, mettez en place des espaces d’échange ouverts à tous ainsi qu’une communication permettant de limiter la stigmatisation du travail à distance occasionnel.

En résumé, la période de retour sur les lieux habituels de travail qui a débuté doit nécessairement s’accompagner d’une réflexion à court et moyen termes permettant de limiter les risques de contamination sur le lieu de travail, générateurs de stress. Cette réflexion doit impérativement impliquer l’ensemble des acteurs concernés, afin d’être au plus près des besoins de chacun.

Références citées

Barmby T. & Larguem M. (2009), “Coughs and sneezes spread diseases: An empirical study of absenteeism and infectious disease”, Journal of Health Economics, 28, p. 1012-1017.

Hemp, P. (2004), “Presenteeism: At work but out of it”, Harvard Business Review, October, p. 49-58.

Marin, M.-F. et Milad, M.R. (2018). Individual Differences in Fear Conditioning and Extinction Paradigms: Insights for Emotion Regulation. Dans A.S. Fox, R.B. Lapate, A.J. Shackman et R.J. Davidson (dir.). The Nature of Emotion (2e éd., p. 154–158). Oxford : Oxford University Press.

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