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Incertitude professionnelle : quelle influence au niveau psychologique ?

Ecrit par Jean-Christophe VILLETTE

Précarisation des contrats, insécurité des carrières, augmentation des contrats courts, multiplication des crises … l’incertitude est aujourd’hui une composante indissociable du quotidien de nombreux professionnels. Si celle-ci s’explique en partie par une demande accrue de flexibilité de la part des entreprises (qui doivent s’adapter aux évolutions constantes des marchés), elle n’est pas sans conséquences sur l’évolution du rapport individuel au travail et sur les risques pour la santé des salariés. Les travaux de Franco Fraccaroli, professeur de psychologie du travail à l’Université de Gênes [1], apportent selon nous un éclairage précieux.

Une contradiction entre demande de flexibilité et besoin de stabilité

L’incertitude associée aux nouveaux modes de travail, et l’expérience concrète de l’instabilité qui en découle, entreraient inévitablement en contradiction avec le besoin qu’entretiennent les individus de donner un sens à leur travail. Selon Franco Fraccaroli, la notion de sens du travail est ici à comprendre de deux façons bien distinctes.

En premier lieu, il est important de savoir que la plupart des individus aspirent à une certaine cohérence dans leur vie personnelle comme professionnelle. Ce sentiment était autrefois en partie comblé par une trajectoire de carrière stable et prévisible. Or, la précarisation des modes de travail contraint la recherche individuelle de stabilité professionnelle. Les nouvelles exigences de flexibilité favoriseraient en effet les relations professionnelles de courte durée, les carrières changeantes et imprévisibles. Le travail peinerait donc aujourd’hui à remplir son rôle dans la création de ce sentiment de cohérence [1].

Mais ce n’est pas tout ! Car le sens du travail fait également référence aux systèmes de croyances et de valeurs des individus. Or dans un contexte où les rapports qui existent entre les individus et l’organisation se veulent de plus en plus instrumentaux, il paraît alors difficile de faire coïncider vie professionnelle et aspirations personnelles.

Quelles conséquences sur le vécu de l’incertitude ?

Les phénomènes que nous venons d’évoquer ont pour conséquences de mettre à mal la conception traditionnelle du travail, autrefois considérée comme composante stable de son avenir. Les représentations du travail se modifient ainsi, incitant les individus à davantage de prudence (moins de consommation, méfiance, tendance à l’épargne, …), mais aussi, nous l’avons dit, à entretenir un rapport plus instrumental à l’organisation. Autrefois composante centrale de la vie des individus, le travail prend de plus en plus la forme d’une logique d’échanges de bons procédés fondée sur le court terme. Autant d’éléments qui risquent d’affaiblir les fonctions psychologiques du travail, notamment en termes de construction de l’identité sociale des individus [2].

Autre conséquence de cet affaiblissement du rapport au travail : le sentiment d’incertitude amène les individus à donner plus d’importance aux questions d’équité et de justice organisationnelle [3]. Ce constat s’appuierait sur l’idée d’une modification du contrat psychologique entre l’entreprise et l’individu. Face à cette modification des formes de travail, les salariés auraient ainsi tendance à entrer dans une optique plus individualiste, à la recherche de meilleures conditions de travail [4]. La perception d’injustice associée à l’incertitude aurait par ailleurs tendance à augmenter le risque de stress et d’épuisement professionnel [5].

Des interventions psychologiques adaptées

Les nouvelles formes de travail (et les contraintes liées à la crise sanitaire qui s’y sont récemment ajoutées) amènent la nécessité de développer des formes de soutien psychologique adaptées pour les travailleurs en quête de sens. Selon Franco Fraccaroli [1], ces interventions doivent être centrées autour de trois points fondamentaux :

  • l’investissement d’autres domaines de vie, qui pourra aider à gérer une vie professionnelle instable et surtout pauvre en termes de ressources sociales
  • la construction autonome de son propre parcours professionnel, qui permet d’affronter avec davantage de sérénité les différents choix sous-tendus par les nouvelles formes de carrières
  • le développement de fortes capacités d’autonomie et de tolérance face à l’incertitude, qui suppose entre autres une confiance accrue dans ses compétences professionnelles et sa valeur sur le marché du travail

Toutes ces interventions nécessitent un accompagnement personnalisé, piloté par un spécialiste de la santé psychologique !

En synthèse ? L’incertitude, déjà bien présente dans les quotidiens de travail, s’est encore intensifiée ces derniers mois. Or les recherches ont montré que l’incertitude constante modifie fortement le rapport qu’entretiennent les individus au travail et peut engendrer une profonde quête de sens, voire un risque d’épuisement professionnel. L’intervention d’un professionnel de santé psychologique permet dans ce cas de mieux gérer l’incertitude et d’apprendre par soi-même à combler les manques de ces nouvelles formes de travail.

Références citées :

[1] Fraccaroli, F. (2007). L’expérience psychologique de l’incertitude au travail. Le travail humain, vol. 70(3), 235-250.

[2] Fraccaroli, F. (2002). Le changement dans les organisations. Paris : PUF.

[3] Van den Bos, K. (2001). Uncertainty management : The influence of uncertainty salience on reactions to perceived procedural fairness. Journal of Personality and Social Psychology, 80, 931-941.

[4] Gakovic, A., & Tetrick, L. E. (2003). Perceived organizational support and work status : A comparison of the employment relationships of part-time and full-time employees attending university classes. Journal of Organizational Behavior, 24, 649-666.

[5] Kausto, J., Elo, A. L., Lipponen, J., & Elovainio, M. (2005). Moderating effects of job insecurity in the relationships between procedural justice and employee well-being : Gender differences. European Journal of Work and Organizational Psychology, 14, 431-452.

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