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Le syndrome d’épuisement professionnel : Mieux comprendre pour mieux agir

Co-écrit par Solène BELLOU et Jean-Christophe VILLETTE

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le « burnout » est défini par « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ».

Il n’est pas reconnu aujourd’hui en France comme une maladie professionnelle. Il semble par ailleurs difficile de communiquer des chiffres fiables et non soumis à controverses sur la réalité de l’ampleur de ce syndrome.

Cependant, sur les deux dernières années, les sollicitations des entreprises auprès du cabinet Ekilibre en lien avec le burnout ont augmenté de façon très importante.

Nous avons donc choisi dans cet article de partager quelques connaissances de base en lien avec ce sujet. En nous appuyant sur les apports de l’INRS, nous allons répondre ici aux principales questions qui nous sont habituellement adressées :

  • De quoi s’agit-il exactement ?
  • Comment repérer les signaux d’alerte chez une personne ?
  • Comment faire face à un burnout ?
  • Comment prévenir l’apparition du burnout ?

Burnout : de quoi s’agit-il ?

Le terme « burnout » est apparu dans les années 1970, pour décrire l’épuisement au travail de professionnels de l’aide et du soin.

Il a été conceptualisé pour la première fois par le psychiatre américain Freudenberger en 1975. Il a ensuite fait l’objet de nombreux travaux, notamment ceux de la psychologue sociale Maslach.

Trois dimensions sont le plus souvent décrites pour accompagner la définition scientifique du burnout :

l’épuisement : émotionnel, psychique et physique (avoir le sentiment d’être totalement vidé de ses ressources). C’est la première manifestation du burnout : une fatigue extrême due à une exposition continue à des facteurs de risques psychosociaux.

la dépersonnalisation (appelée aussi cynisme) : cette deuxième dimension est parfois considérée comme une stratégie d’adaptation en réponse à la sur sollicitation ressentie par la personne. L’attitude de la personne devient négative, dure, détachée, vis-à-vis de son travail et des personnes (collègues, encadrement, clients, patients, etc.).

la diminution de l’accomplissement personnel au travail : cette dimension renvoie à une perte de l’accomplissement personnel, une dévalorisation de soi, traduisant à la fois pour la personne le sentiment d’être inefficace dans son travail et de ne pas être à la hauteur du poste. Malgré tous ses efforts, la personne se sent dans une impasse. Cette dernière dimension fait l’objet de controverses entre les scientifiques.

Dans les cas les plus extrêmes, une personne peut se trouver dans un état physique et psychique tel qu’elle ne peut plus poursuivre son activité de travail. Le plus souvent des signes avant-coureurs pouvaient le laisser présager.

Comment repérer les signaux d’alerte chez une personne ?

Pour être en capacité de repérer les premiers signaux d’alerte chez une personne, il convient d’être attentif à l’autre, à son apparence et à son comportement (qui ne sont plus les mêmes qu’auparavant).

Le burnout peut se traduire cumulativement ou non à travers cinq axes symptomatologiques chez une personne :

  • des manifestations émotionnelles : l’épuisement ressenti par la personne, entraînant un sentiment de perte de contrôle, peut se manifester émotionnellement par des peurs mal définies et des tensions nerveuses. Il se caractérise également par une humeur triste ou un manque d’entrain. La personne peut être irritable, tendue, hypersensible, ou bien ne manifester aucune émotion.
  • des manifestations physiques : les manifestations physiques sont les plus fréquentes. On note davantage de troubles du sommeil, une fatigue chronique due à un sommeil qui n’est plus réparateur et des tensions musculaires avec des douleurs rachidiennes (dos, nuque). Il y a parfois une prise ou une perte soudaine de poids. Maux de tête, nausées, vertiges sont également observés.
  • des manifestations cognitives : le burnout a un retentissement sur les capacités de traitement de l’information dont dispose l’individu : diminution de la concentration, difficultés à réaliser plusieurs tâches à la fois, à nuancer, à prendre des décisions. Erreurs mineures, fautes, oublis sont également constatés.
  • des manifestations comportementales :  la personne peut se replier sur soi, s’isoler socialement, ou avoir un comportement agressif, parfois violent, traduisant une diminution de sa tolérance à la frustration qu’elle ressent professionnellement. Moins enclin à l’empathie, la personne est moins touchée par les problèmes des autres et peut aller jusqu’à traiter ces derniers comme des objets.
  • des manifestations motivationnelles : se sentant dépréciée dans son travail, la personne peut se désengager progressivement. Baisse de motivation et moral en berne s’accompagnent d’un effritement des valeurs associées au travail. Ne pouvant changer la situation dans laquelle elle se trouve, elle peut avoir le sentiment d’être prise au piège et douter de ses propres compétences.

Il est important de noter que les manifestations qui viennent d’être décrites ne sont pas spécifiques au burnout. Elles peuvent aussi caractériser une exposition prolongée à plusieurs facteurs de risques psychosociaux et s’apparentent pour certaines d’entre elles aux symptômes du stress chronique.

Le dépistage du burnout sur la base de l’identification de premiers signes cliniques tels que décrits précédemment peut être renforcé parle Maslach Burnout Inventory qui est le questionnaire scientifiquement validé le plus utilisé aujourd’hui.

Comment faire face à une situation de burn-out ?

On distingue classiquement deux niveaux complémentaires : la prise en charge individuelle et l’action sur l’environnement de travail.

La prise en charge individuelle

1/ Aider la personne à reprendre pied avec la possibilité de suggérer à la personne en fonction de la situation :

  • de s’arrêter de travailler, pour prendre du recul. Selon la gravité un arrêt maladie de deux ou trois mois peut être nécessaire.
  • de récupérer, notamment, par le repos, par la relaxation ou le sport, etc. ;
  • d’accepter l’idée qu’« à l’impossible nul n’est tenu» pour effectuer un «retour à la réalité ».
  • une prise en charge en psychothérapie (par exemple, de type thérapie comportementale et cognitive) est également recommandée.

2/ Après la phase « d’arrêt maladie » et/ou de retrait : la préparation du retour à l’emploi

Le retour à l’emploi ne peut être envisagé que progressivement, après une visite de pré-reprise auprès du médecin du travail, et avec un accompagnement du travailleur voire de l’équipe de travail et du manager. Il faut pouvoir éviter tout risque de rechute. À ce titre, les actions seront de différentes natures :

  • Analyser les éléments de la situation de travail de la personne qui ont pu favoriser le développement de son syndrome d’épuisement professionnel
  • Favoriser le passage par un temps partiel thérapeutique afin d’aider la personne à se réadapter
  • Mettre en place un dispositif de suivi (faire le point, par exemple, tous les 2 mois avec l’encadrement et/ou un élu CSSCT lorsque cette instance est présente dans la structure)
  • S’assurer de la bienveillance de l’environnement de travail et de sa proximité avec le travailleur

 Ce travail sera facilité si le médecin du travail, le service des ressources humaines et le responsable direct travaillent en réseau avec l’accord du travailleur et, si possible, sa participation.

L’action sur l’environnement professionnel

 Au-delà de la prise en charge du travailleur et de la préparation de son retour dans les meilleures conditions possibles, l’entreprise doit plus globalement, notamment au regard de sa situation de travail, identifier les facteurs liés au travail qui ont pu ou qui peuvent favoriser l’apparition et le développement du syndrome d’épuisement professionnel et mettre en place une démarche de prévention collective des risques psychosociaux.

Comment prévenir l’apparition du burnout ?

En ce qui concerne le burnout chaque situation est singulière ce qui rend la prédiction difficile. Certains axes de prévention sont cependant reconnus comme pertinents.

Informer et former les travailleurs

Conformément aux principes généraux de prévention, l’employeur a la responsabilité d‘informer les travailleurs sur l’ensemble des sujets relevant de la santé physique et mentale.

Un premier axe de prévention consiste donc à sensibiliser les travailleurs afin qu’ils soient en capacité :

  • de mieux comprendre les causes possibles du burnout et ses signaux d’alerte afin de détecter d’éventuels signaux émanant de leurs collègues ou d’eux-mêmes.
  • de mieux  savoir gérer son stress et ses émotions désagréables

S’impliquer pour agir à la source sur les six familles de facteurs de risques psychosociaux

A titre d’exemples, les objectifs managériaux suivants peuvent être mis en avant :

  • veiller à la charge de travail de chacun pour éviter la surcharge de travail
  • garantir un soutien social solide
  • donner des marges de manœuvres adaptées
  • associer une juste reconnaissance au travail
  • échanger sur les critères de qualité du travail

Nous recommandons aux entreprises de former leurs managers à l’identification des principaux facteurs de risques psychosociaux et à l’élaboration de plan d’actions spécifiques à leur niveau. Ekilibre académie a développé une méthode dans ce sens intitulée « Parkour RPS ». Elle consiste à doter le manager d’une suite d’outil afin de le rendre autonome dans l’animation de la gestion du risque sur son périmètre de management.  Cette compétence peut s’avérer à plus forte raison indispensable dans un contexte sanitaire actuel et/ou de changement important au regard des impacts potentiels sur les conditions de travail.

En conclusion ? Le burn-out est un sujet complexe qui mérite un éclairage particulier dans le cadre des campagnes de prévention sur les risques professionnels auprès de l’ensemble des acteurs de l’entreprise. Même si les connaissances actuelles sur le sujet peuvent faciliter l’identification de pistes de solutions au niveau collectif et individuel, il est important de ne pas perdre de vue que chaque situation est singulière. En conséquence, l’accompagnement par un professionnel pour construire un accompagnement sur mesure aussi bien dans le cadre d ‘une démarche globale de prévention que dans la gestion d’une situation individuelle est fortement conseillée.

Sources principales de l’article :

INRS, dossier Guide d’aide à la prévention : le syndrome professionnel ou burnout, mieux comprendre pour mieux agir. www.inrs.fr

Langevin V., Boini S., François M., Riou A., « Maslach Burnout Inventory (MBI) », in Références en santé au travail, n°131, INRS (références n°FRPS 26), 2012, 3 p.

Maslach Ch. et Leiter M. P., Burn-out. Le syndrome d’épuisement professionnel. Les Arènes, 2011, 270 p.

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